23 septembre 2011

la presse de Ralf Weber et Elise Barat


Ralf Weber qui expose dans les grands salons internationaux, présente à la galerie No Smoking une sélection de formes énigmatiques, tandis que la jeune artiste Elise Barat y représente la nature dans son aspect insaisissable.

Entre les « Short-cuts » du sculpteur et les « Paysages d’eau » d’Elise Barat se réalise le désir de maîtriser la pierre pour l’un, d’apprivoiser l’eau mouvante pour l’autre.

Par le fer et le granit noir de Suède, Ralf Weber né à Freiburg en 1972, s’emploie à dégager la forme en gommant son aspect statique.

Il l’attaque au diamant, la troue, la dresse en spirale, la transforme en dentelle, en hélice verticale, en lune noire. Parfois « Implosion », « Network », opposent la surface polie à celle qu’il a striée, burinée à la force du poignet. Il fait onduler quatre plaques de marbre de Carrare, comme feuilles au vent, et des rondeurs rappellent les formes de l’Antique. Avec un matériau plus modeste, la brique, il compose des pièces ovoïdes qui pourraient inspirer des architectes.

Formée aux Arts Plastiques à l’Université de Strasbourg, Elise Barat est une paysagiste sensible qui réside en Franche-Comté.

D’une touche nerveuse, à l’huile, elle capte les vagues tourmentées, les remous en eau-douce, les ricochets qui attestent qu’un petit palmipède a plongé là. Dynamisant le sujet, les reflets inversent l’image entre deux piles rouges.

En blanc, gris vert et bleu, elle cherche à « faire voler le réel » en éclaboussures ayant saisi l’instant où la fraîcheur d’une nature presque vierge, offre un plaisir délicat.

Fluidité de l’eau, fluidité des formes, les « raccourcis » de Weber sont des œuvres fortes avec lesquelles des paysages aquatiques d’Elise Barat s’accordent bien.

Julie CARPENTIER

Galerie No Smoking, 19 rue Thiergarten à Strasbourg, du mercredi au samedi de 15 à 19h et tous les matins sur rendez-vous, jusqu’au 30 septembre 2011. 0388326083 ou contact@galerie-nosmoking.com

9 août 2011

Elise Barat (Paysages d'eau) et Ralf Weber (Shortcuts).

Bertrand Rhinn a le plaisir de vous inviter

au vernissage
vendredi 9 septembre 2011 à 18H

de l'exposition de

Elise Barat (Paysages d'eau) et Ralf Weber (Shortcuts).



Le travail d'Elise Barat s’articule autour de la nature et des effets de diffractions du réel causés par la lumière et les reflets sur l’eau.

Elle présente pour cette exposition des toiles issues des Paysages d'eau, toiles par le biais desquelles elle représente la nature dans son aspect insaisissable; une nature paisible et en constante mouvance. Pour ce faire, elle se concentre sur les reflets du réel dans l’eau, cherchant à « faire voler en éclat le réel ».

« L’eau est la source de son art », le motif est harmonieux, on a cette impression d'éphémère, d'atemporel. La touche est presque pointilliste, nerveuse, rapide, elle travaille l’immatériel et capture le réel de façon fragmentée, par le reflet. Néanmoins, les toiles ne sont pas pour autant dénuées de présence humaine. L’animal n’est jamais loin, la trainée laissée par le passage d'un oiseau perturbe la sérénité de l'eau créant des ondulations sur la surface, et apporte de ce fait un effet dynamique à la toile. Ses Paysages d'eau sont des tableaux miroirs d'un monde en mouvement par le biais desquels l'artiste nous interpelle, en perturbant nos repères de manière si délicate.

Il s’agit de fuir la réalité, de la voir autrement, de façon mélancolique et sereine, de traiter des « résurgences de la mélancolie en peinture ».

Pour cette exposition, Ralf Weber présente les œuvres sculptées de la série « Short Cuts » (raccourci en anglais), réalisées entre 2004 et 2009, qui sont conçues majoritairement à partir de blocs de granit dans lesquels il coupe de profonds sillons de surface. Le spectateur est confronté à ces formes énigmatiques à l'aspect antique qui dégagent de l'élégance, la main est comme attirée vers elles, dans l'optique d'appréhender cette matière fondamentalement tactile.

Il travaille sur ce qu'il appelle la « structure de surface », son répertoire de forme est varié, ce sont des formes synthétiques, dérivées des formes de bases, du cercle, du carré...À l'origine de la conception de l'œuvre, c'est en les retravaillant que Ralf Weber donne naissance à ces formes étranges, tantôt biomorphiques, tantôt à l'apparence plus rude.

Le sculpteur travaille la matière, joue avec la transparence, créant à certains moments des ouvertures par des explosions de matière. La lumière est un élément important, elle se reflète sur les surfaces d'aspect poli et passe à travers ces ouvertures chaotiques. Weber crée ainsi un dialogue entre ces divers éléments, entre les surfaces lisses et rugueuses, dialogue dans lequel on discerne une certaine tension inhérente à l'œuvre. Malgré leur aspect brusque et presque cassant, ses sculptures évoquent la légèreté, le mouvement, la fluidité alors que le matériau même de la pierre ou du granit se place aux antipodes de cela.

Les « raccourcis » de Weber sont finalement des œuvres énergiques et délicates, emplies d'une émotion singulière.

FINI DE JOUER! expo d'octobre avec Gérald Wagner et Anémone de Blicquy





Fini de jouer.



C’est à un cheminement dans l’antichambre du réel que nous invite Anémone de Blicquy. Auteur et comédienne, c’est aujourd’hui par le biais de la photographie et de la vidéo qu’elle récolte les fruits étranges issus des amours controversés entre réalité et fiction.
Attachée au réel, elle prend pour décor les éléments naturels fondamentaux que sont eau, air, terre et feu. Dans ces territoires concrets, elle met en scène les personnages muets de tragédies quotidiennes mais dont semble émerger une portée universelle. Cette universalité qu‘elle déniche au creux du banal est sans doute issue des abysses du subconscient. Des objets,des êtres ou encore des signes nous rassurent en même temps qu’ils nous épouvantent, comme ceux rencontrés dans les contes de notre enfance.
Jean Clair parlait du « don de visions » comme étant la principale caractéristique de la mélancolie. Ces visions mélancoliques, Anémone de Blicquy les capturent entre deux eaux, entre cornée et cristallin. Elle surprend ses personnages plongés dans un demi sommeil pour les extirper de leur rêve ou de leur cauchemar. Dissimulés derrières leur masque ou le visage couvert d'un vulgaire sac de plastique, ces individus ne semblent pas voir la réalité qu'ils arpentent, qu'ils subissent. Hésitant entre l'innocence et l'expérience, ils doivent se contenter de happer quelques bouffées d'un air vicié sans jamais pouvoir reprendre leur souffle, leur désir, leur vie.
Comme des poissons abasourdis par le choc des contraires, ces individus flottent à la surface du réel sans pouvoir y plonger. Pourtant les sollicitations sont multiples. La caresse de algues, la force du courant, le craquement du givre, les ombres, les scintillements s'adressent à eux sans pouvoir les ré enchanter. Vidés de leur force créatrice, de leur imagination et de leur intuition, ils voient s'ouvrir devant eux de vastes espaces dans lesquels ils sont incapables de se projeter. S'écoulent alors à leurs abords, les signes du temps. Incapable de les déchiffrer, l'individu plonge dans un coma des sens.
«Ceux qui répriment leur désir sont ceux dont le désir est assez faible pour être réprimé.» William Blake.

18 juin 2011

Le voyage de la peinture


le 18/06/2011 02:01

STRASBOURG / Eric Bleicher chez No Smoking

Le voyage de la peinture

Eric Bleicher chez No Smoking  (Photo DNA – Cédric Joubert)

Il vit à Colmar mais n’expose que très rarement dans la région, préférant les grandes métropoles (New York, Pékin, Paris, Bruxelles…). On avait cependant pu remarquer sa présence à la dernière édition de St’art où son marchand belge lui consacrait un one-man-show. Eric Bleicher avait alors pour voisin Bertrand Rhinn et sa galerie No Smoking.

Les voilà donc réunis pour Vers le sublime (rien de moins !), panorama d’œuvres récentes. Garantir au visiteur ne serait-ce qu’une petite approche du sublime en question, paraîtrait très exagéré.

Mais il y a dans la peinture d’Eric Bleicher, avec ses effets de profondeur produits par une succession vertigineuse de glacis (jusqu’à 14 couches), de quoi capter l’attention.

Réalisés sur des écrans de sérigraphie, au rendu translucide mais à la surface tout en tension, ses tableaux troublent le regard. Et si la matière de la peinture intrigue par son aspect inhabituel, c’est qu’elle est constituée de feuilles de henné qu’il laisse abondamment macérer (ainsi obtient-il ses tons orangés ou bleus d’une belle profondeur), de brou de noix et d’encres.

Ses « jus », qu’il charge abondamment en eau puis laisse sécher, produisent des irisations, des effets de transparence, d’étranges géographies que ponctuent également, çà et là, des signes, des codes, des écritures que l’artiste se refuse d’interpréter. « J’aime me surprendre. Me laisser entraîner par la matière, tracer de fausses pistes », explique-t-il simplement, mais à l’écoute des commentaires que ses toiles provoquent.

Nul besoin, donc, d’aller chercher plus loin. C’est à la fois la limite et la force de son travail : ouvrir un espace, celui de la peinture, ici très (trop ?) séduisante, dans lequel le regard se perd. Voyage effectivement.

S.H.

Jusqu’au 8 juillet, 19 rue Thiergarten. Du mardi au samedi, de 14 h à 18 h.

3 juin 2011

En juin avec Eric Bleicher




Bertrand Rhinn a le plaisir de vous inviter au vernissage vendredi 10 juin 2011 à 18H de l'exposition Vers le Sublime de Eric Bleicher.

Les Œuvres d'Eric Bleicher participent d'un engouement pour leurs qualités formelles et le travail de la "matière" et du "signe" .. C'est dans cette optique de recherche du sublime et cette envie de s'imprégner de matières à l'essence primitive que cet artiste vient nous présenter ses dernières œuvres abstraites.
Eric Bleicher n'est pas peintre mais avant tout plasticien. Né en 1972 à Colmar, il expose depuis une vingtaine d'années. Artiste Globe Trotter il a déjà exposé aux quatre coins du monde, à New York, Pekin, Zurich, Bruxelles, Paris...


Toujours à la recherche de la texture exacte, il crée des œuvres mystérieuses imprégnées d'archaïsme, ses peintures ne sont pas de simples toiles, ce sont des invitations au voyage!


Sa technique est singulière, des écrans de sérigraphie toilés lui servent de supports. Il superpose ensuite sa matière en couche multiples, qu'il déverse sur la toile, ce sont des "jus", autrement dit des « couches » de matériau naturel. Ceux ci sont obtenus à partir de mélanges de pigments naturels, d'oxydation de hennés et de jus de fleurs d'hibiscus, de teintes naturelles tels, la gomme arabique, le marc de café, le brou de noix, patines et cires...


Bleicher se réapproprie la surface de la toile, retravaillant cette matière à même la main, dans cette optique de donner à la peinture cette dimension tactile et de créer ainsi des effets de matières. La volonté intrinsèque de l'artiste étant de revenir vers un traitement de la couleur sans artifices. La palette chromatique est restreinte, dans des gammes d'ocres, de jaunes, de rouges, à la limite de l'abstraction, il y insère des motifs tribaux, organiques, ses toiles sont énigmatiques, renferment un sens caché, à l'amateur éclairé de le déceler...

26 mai 2011

nouvel article dans les affiches Monieurs par Ondine

Memento Mori du XXIème siècle ou vanités contemporaines.

par Aurélie-Ondine Menninger dans les Affiches-Moniteur, mai 2011

La galerie No Smoking est devenue et sera jusqu’au 4 juin, le temple de la mort, un lieu de contemplation, ou de jubilation, dont émane, de la fête mortuaire au sanctuaire, une poésie du désir et de l’excès, où la laideur de la mort est aussi beauté dernière, ultime jouissance des corps….Ainsi, le lieu de cette rencontre est bien ce « POINT » selon l’intitulé de l’exposition où s’unissent les œuvres cousines des artistes Laure André et Hervé Bohnert ;
point de croix déterminant un lieu à la croisée des chemins, croix religieuse ou coïncidence heureuse, point de fuite, ou temps de la métamorphose, il propose une réinterprétation du point d’ancrage de la vie et notre perception du passage.

HB

Il s’agit bien de vanités, dont les formes de représentation ont évolué depuis les natures mortes du XVIIème siècle, entrelaçant les symbolismes, superposant les formes rituelles religieuses et profanes européennes et plus lointaines de différentes époques.
Ainsi, à la signification première des vanités, « catégorie particulière de nature morte, dont la composition allégorique suggère que l’existence terrestre est vide, vaine, la vie humaine précaire et de peu d’importance », se trament de nouvelles perceptions et sensibilités au temps et au monde.
La subversion moderne et profane du temps ayant par le biais de l’arrivée de nouvelles inventions, (l’évolution informatique et mécanique) bouleversé notre relation à la mort, ont sans doute déplacé notre besoin de sacré sans pour autant le faire disparaître.
Il s’est agi ici d’une quête à redéfinir, dans un espace libre à mi-chemin entre le sacré et le profane : un espace poétique.

HB

Mises en scène de crânes « totémiques » inspirées des crânes décorés des rituels funéraires océaniens, successions de portraits ou de photographies de familles datant du XIXème siècle dont la pellicule grattée révèle à sa façon la mort qui hantait déjà les corps glacés du papier, ou que la peinture jetée a recouverte afin de la ranimer, (redonnant vie à la vieille photographie et révélant une seconde fois, non la vie mais la mort, ou le moment de la mort comme une violence faite à la vie), napperons amidonnés prenant les formes de crânes, s’osselets, s’organisant ou présentés sous la forme de « dons d’organes » ou de « memento mori », ou de tapisseries représentant une danse macabre entre humour noir et réminiscence de westerns, (la mort menaçant la mort d’un révolver ou deux squelettes jouant à s’entretuer sur fond de fleurs brodées), tel est l’univers de Hervé Bohnert, toujours centré sur l’obsession du corps et de sa disparition, et travaillant principalement sur le mode de la répétition et de la série, (travail antérieur à l’exposition sur des moulages en cire de visages, de bustes et bustes avec cœurs momifiés, de sexes féminins…) ;
Ou encore, comme Laure André, sur cette corde sensible, ce fil fragile de la vie prêt à se rompre, la dentelle mimant la métaphore, et le point de traversée de l’aiguille, le lieu de rencontre d’Eros et Thanatos.

HB

Se passionnant pour les objets précieux, anciens ou rares, le plus souvent à connotation religieuse, Laure André les réinvente, redonnant un sens sacré ou poétique au corps caché, où les symboles du corps (corps et sang du Christ) côtoient l’image médicale du corps (squelette humain, sexe féminin…), où l’artistique se superpose ou s’interpose à une vision scientifique (l’aiguille de son travail rappelant l’aiguille de la grand-mère comme celle des boîtes d’entomologistes)ou religieuse.
Ainsi, l’artiste crée ses exvotos, piquant les hosties de dessins brodés, faisant des médaillons d’hymens (à partir de ceux répertoriés dans une encyclopédie médicale) révélant leur caractère de bijoux uniques (en médaillon ou en poudrier), nommant « ectropion », cet instrument ancien dit « relève-jupe », visuellement proche d’un instrument de musique, le munissant d’un œil et d’une jolie rangéede cils faisant allusion aux curieux indiscrets…

LA

Accessoires féminins à la lisière de la féminité et d’une signification poétique ou sacrée, ils sont les fétiches de l’artiste, ses sujets d’inspiration comme pour cette robe de communiante suspendue et amidonnée, auréolée de lumière, habitée de minuscules personnages imprimés représentant les différents stades de l’hystérie, et faisant allusion au sujet de Charcot, Blanche W.: muse, patiente, sujet de désir et de fascination, assimilée aussi bien à la sainte qu’à la prostituée…
Plus encore, c’est une nouvelle « étiquette » ou identité, un nom ou une mémoire (« suture 45 » faisant allusion au massacre d’Oradour), que Laure André cherche à octroyer ou à rendre, à réinventer aux objets ou à la vie, aux possibilités de vie qu’ils contiennent…

Fils ou relations entre des vies parallèles, L. André crée des chemins de fils du monde charnel au spirituel, renoue le cordon ombilical symbolique au fil de ses pensées, dans un entrelacement sensible et sensuel_ fil d’Ariane menant à soi, dessinant au détour des croisements, des points de rencontre avec son corps, son nom, et dessinant au fil du hasard et du temps, un autoportrait.

LA

De l’utilisation d’une radio de son propre squelette auquel elle superpose de la dentelle imprimée au découpage auréolé ou dentelé du plan d’un monastère depuis son cœur, (dentelle ou squelette de l’architecture d’« une Laure », autrement dit, « un monastère »)jusqu’à ses vibrations les plus éteintes, aux limites de son corps architectural, à l’œuvre de son propre corps, dont la nuque dégagée laisse deviner le dessin de sa colonne vertébrale comme en prolongement de sa quête d’artiste, apparaît une image de soi, et par-delà, : une autre façon d’apprivoiser la mort.

LA HB

Jusqu’au squelette de dentelle réalisé par les deux artistes ensemble, les objets réunis, de leur existence et leur signification indépendante, créent entre eux, des chocs, des interactions, des points de rencontre dans le temps sur la matière.
Ensemble, ils interrogent le passé, la mémoire (individuelle ou collective), notre rapport au temps et à la mort, au corps et au spirituel et à leur caractère désindividualisé par le social et le religieux.
Ensemble, ils renouent avec la tradition des « vanités » et tout en les réinventant, continuent à évoquer au moins deux parmi les trois groupes de vanités répertoriés par Ingvar Bergström, représentant la vanité des biens terrestres, ou évoquant le caractère transitoire de la vie humaine.

Points de fusion de Eros et de Thanatos, points d’entrée dans le monde, points de couture ou de suture, points de passage, de la traversée érotique au pèlerinage spirituel, points de transition entre la vie sur terre et le moment où elle s’arrête, les œuvres des artistes Laure André et Hervé Bohnert, nouent des fils secrets entre les mondes et les époques, dans une subversion matérialisée de l’intervalle ou de l’entre-deux, inversant le passage de la vie à la mort par un renversement et une transgression des codes artistiques ou religieux.

Dans le silence des broderies, où danse un souffle léger, des idées noires dansent sur du fil blanc, des mailles comme des phrases, écrivent, (à lire entre les fils) :« memento mori » : « souviens-toi que tu mourras ».

21 mai 2011

Souvenirs de la maison des morts


STRASBOURG / A la galerie No Smoking

Hervé Bohnert et Laure André fragmentent le corps, convoquent un univers désuet fait de napperons, broderies ou porcelaines, et revisitent la Vanité de façon drôle et inquiétante.
Ce n’est pas une exposition à quatre mains, mais ils ont tout de même réalisé pour l’occasion une pièce commune : suspendu dans une vitrine, un squelette, à l’échelle réelle, expose sa blancheur immaculée. Quelque chose intrigue… En s’approchant, le visiteur remarque que les os sont en napperons. Un solide amidonnage leur permet de conserver les formes imprimées par les artistes.
Les fidèles de No Smoking se rappellent certainement l’exposition consacrée, l’automne dernier, au thème des Sept Péchés Capitaux. Le Strasbourgeois Hervé Bohnert y attirait déjà l’attention par une série de crânes réalisés selon la même technique de napperons amidonnés.
On y retrouvait cet univers qui caractérise de longue date son travail : une façon de se confronter à des formes établies de l’histoire de l’art, mais en se les réappropriant dans des matériaux inattendus. Un travail qui exprime aussi une certaine sensibilité pour les arts et traditions populaires, pour les objets patinés par le temps, les photographies anciennes, les encyclopédies poussiéreuses, tout un corpus un peu vieillot, souvent déniché aux Puces, et auquel il donne une nouvelle identité.
Ainsi présente-t-il, un buste de pédagogie anatomique, avec ses organes à placer dans les cavités ad hoc, le tout entièrement réalisé en napperons.
Par ailleurs, Hervé Bohnert sculpte (des crânes en bois qu’il est difficile de ne pas prendre pour des vrais) et assemble des éléments dont les associations produisent d’étranges images primitives : des fleurs, des éléments de lustre, des becs d’oiseaux… Surgissent ainsi des divinités primitives improbables.
Dans ce rapport au temps, dans cette mélancolie rêveuse que fonde Hervé Bohnert au hasard de fragments venus d’un lointain passé, Laure André apparaît comme une petite sœur d’adoption.
Cette approche intime de l’objet, cette façon d’intervenir avec une certaine préciosité sur des supports ayant déjà leur propre histoire ou leur propre symbolique, cette mélancolie de la mémoire : la jeune artiste strasbourgeoise tisse effectivement d’étranges liens avec l’univers d’Hervé Bohnert.
Qu’elle brode délicatement des hymens sur des hosties, qu’elle grave la radiographie d’un thorax devenu ainsi un motif de fines dentelles ou encore qu’elle évoque sur une ancienne robe de communiante les hystériques de Charcot, d’insondables mystères et tensions liés au corps de la femme sous-tendent son imaginaire.
Tout comme pour Hervé Bohnert, le temps demeure une obsession absolue pour Laure. Et donne lieu à une poésie un peu triste d’un passé enfoui qui ressurgit dans des formes familières : de vieilles étiquettes retrouvent, avec la porcelaine, un matériau plus noble.
De lointaines blessures sont suggérées avec ces images issues de documents liés au drame d’Oradour-sur-Glane, dont le graphisme est constitué de fils noirs tissés sur une pellicule transparente et qui s’effilochent – « Comme la mémoire », précise l’artiste.
La fragilité et la délicatesse des techniques font contrastes avec le propos qui parfois frôle l’inquiétant. Ainsi en est-il des malformations de nourrissons dont elle puise les représentations dans d’anciennes encyclopédies et qu’elle reproduit en fines broderies sur organdi.
Dans un accrochage qui tangue par moments du côté du Cabinet de curiosités, l’exposition invite à une déambulation irréelle que traverse le goût amer de la finitude humaine.

Serge Hartmann

Jusqu’au 4 juin, chez No Smoking, 19 rue Thiergarten. Du mardi au samedi, de 14 h à 18 h. 03 88 32 60 83.

3 avril 2011

POINT avec Hervé Bohnert et Laure André

L'exposition PO!NT s'attèle à dénicher le point de convergence entre les univers de Laure André et d'Hervé Bohnert, des univers énigmatiques dans lesquels se côtoient la mort et la vie, bibelots et articles à connotation religieuse. Tous deux travaillent des thèmes relevant de la beauté, de la jeunesse éternelle, de la mémoire et de la mort, toujours présente. Leurs œuvres sont très personnelles et d'une sensibilité forte.
Ils donnent à voir une autre image du corps, et interrogent le statut de l'objet. Celui ci est transformé, son essence même est détournée, renouvelée par le biais de l'imaginaire, de ces aventures étranges aux tonalités funèbres. Ce sont des œuvres dans lesquelles la vie flirte avec la mort et vis-versa.

Hervé Bohnert est un artiste glaneur, il se réapproprie des photos anciennes et des sculptures à forte connotation religieuse et les transforme en œuvres profanes et singulières dans lesquelles s'opère un dialogue angoissant entre la vie et la mort.
D'une main précise et chirurgicale il pratique une « squelettisation » obsessionnelle d'images anodines et anonymes, grattant les photos et creusant des sculptures pour en faire ressortir le squelette. L'artiste se questionne sur la mort, lui fait un pied-de-nez à travers ses Vanités. Ses œuvres sont évidemment macabres, mais lorsque l'on va au delà de cette apparence, l'esprit est moqueur, grinçant, les corps inquiétants, la beauté mise à mal.



L'univers de Laure André est intime, féminin, d'une sensibilité effrayante. L'intuition artistique est morbide mais délicate, c'est un univers qui mêle mélancolie et gothique.
L'artiste confronte des objets aux connotations diverses, sexuelles, religieuses qu'elle tourne en dérision, créant ainsi ce qui pourrait être qualifié de reliques intimes et féminines. C'est un univers issu des contes dans leur coté délicatement terrifiant dans lequel elle se questionne sur la vie, la mort, l'amour. Elle travaille avec des objets féminins ou à connotation religieuse comme les osties, la dentelle, le squelette, le crucifix,...




Pour l'exposition PO!NT ils présentent un travail commun, réalisé à partir de napperons anciens...leur point de convergence ne serait il pas également un point de croix ?

12 février 2011

Curieux Decque



STRASBOURG


De machines utopiques, dignes d'un Jules Verne, Benoît Decque expose les plans chez No Smoking. Ces prototypes délirants proposent à d'intrépides passagers de partir à la découverte des éléments : invoquant les figures d'Icare pour l'air, de Vulcain pour le feu, du dauphin pour l'eau et de Gaïa pour la terre, l'artiste prend soin de coder ses informations en se réappropriant l'alphabet grec - étrangement compréhensible puisqu'ici phonétiquement appliqué au français !
A voir aussi, des petites pièces posées au sol, un bric-à-brac de Curiosités ayant chacune son histoire. Parfois teintée d'humour : ainsi en est-il d'un fragment de roche ramenée de la montagne Sainte-Victoire, on le sait abondamment immortalisée par Cézanne. De quoi, selon l'artiste strasbourgeois, interférer sur la lecture de chefs-d'œuvre de la peinture, dont le modèle initial a désormais été irrémédiablement modifié de sa propre main. Vanitas vanitatum, omnia vanitas...

S.H.


http://sitemap.dna.fr/articles/201102/13/curieux-decque,culture-et-loisirs,000006322.php

21 janvier 2011

Exposition de Benoit Decque


«Parallèlement à une production multiforme bien repérée (installations urbaines ou paysagères, dessins grands formats, performances publiques…)
Benoît DECQUE poursuit depuis 1990 un travail de création de pièces de petites dimensions qu’il se plait à qualifier de curiosités.
Aujourd’hui, il décide de présenter au public un ensemble de cette «collection» sous forme d’un «grand parterre» recomposé pour l’occasion…»
Vernissage le vendredi 04 février 2011 à 18h.
Avec une performance de l’artiste.
Exposition ouvert du mardi au samedi de 14 à 18
h.

26 novembre 2010

St'art / La foire d'art contemporain

le 26/11/2010 05:12

St'art / La foire d'art contemporain

Affinités catalanes

Bien que Bucarest en soit l'officielle ville invitée, St'art tangue davantage, et avec bien plus d'allant, du côté de Barcelone. Et la qualité s'y révèle très élastique.

La peinture de Marina Puche sur le stand de Miquel Alzueta. (Photo DNA - Marc Rollmann)


Il y a bien sûr l'espace institutionnel occupé par Apollonia. Toutes les propositions n'y sont pas franchement contemporaines, mais la partie consacrée à la photographie roumaine actuelle n'est pas dépourvue d'intérêt, et offre probablement la fenêtre la plus vivante sur la scène artistique dans ce coin d'Europe orientale. En revanche, les trois galeries de Bucarest sont loin de créer l'événement. On sauvera D'Ancona Budis Art Gallery, notamment pour le travail d'Alina Slimovski dont la peinture navigue dans des ambiances oniriques inquiétantes.
C'est de l'autre côté du hall, dans le secteur des galeries catalanes, que se concentre l'un des pôles les plus attractifs de la foire. Le plateau de la Mayoral Galeria d'Art, dont la venue était précédée de fortes louanges, mérite ainsi qu'on s'y arrête. Le visiteur y découvrira un nocturne réalisé au fusain sur papier bleu : des toits de tuiles portent le regard jusqu'à une église au loin. Une œuvre de jeunesse de facture classique, mais comme son auteur s'appelle Pablo Picasso, le prix est l'un des plus élevés de la foire : 450.000 €.

Dans ce dédale se nichent d'agréables surprises

Les amateurs y trouveront également quelques dessins, et surtout une délicate petite huile sur papier, mais là aussi d'un temps où le maître espagnol n'avait pas encore bouleversé les règles de la représentation. On peut lui préférer la Crucifixion d'Antonio Saura, très emblématique de la série culte de l'artiste, magnifique d'expressivité.
Dans ce dédale catalan se nichent d'agréables surprises. Ainsi d'un beau travail de Marina Puche, jeune peintre de Valence présentée à la galerie Miquel Alzueta. Cette dernière n'est pas une inconnue à St'art puisqu'elle était déjà venue en 2007. « La situation est actuellement très dure en Espagne. Il est donc important de tenter sa chance ailleurs », confie Meriam Zejli, collaboratrice de la galerie. Écho identique de la galeriste Rosa Ferrer ( El Quatre, Sala d'Art ) dont les trois précédentes participations avaient toujours généré un niveau de ventes satisfaisant - s'y distinguent les Ramblas de Barcelone peints par Jaume Arisa.
Mais St'art ne se réduit évidemment pas au seul plateau catalan. De subtiles propositions sont à dénicher chez Prodromus (à rebours d'un post-pop dominant, Pascal Lombard peint a tempera des paysages dans des tonalités graves et mélancoliques ), chez Iffrig ( les dessins de Couturier, les gouaches de Pressager... ), chez No Smoking ( le regard faussement naïf sur l'enfance d'Aurélie Piau ), chez Stefano Forni ( l'impressionnante leçon de peinture de Matteo Massagrande ) ou encore chez Geneviève Mathieu ( le travail à la pointe sèche de Cristian Opris ). Liste en rien limitative.

Serge Hartmann

Jusqu'au 29 novembre au Wacken. Vendredi 26, de 11 h à 21 h ; samedi 27, de 11 h à 20 h ; dimanche 28, de 11 h à 20 h ; lundi 29, de 11 h à 19 h.

19 novembre 2010

Foire d'art contemporain de Strasbourg

Bertrand RHINN
et son équipe de La Galerie No Smoking
ont le plaisir de vous faire découvrir leur sélection d'artistes
pour l'édition 2010 de la foire de Strasbourg

Sur le stand A 21

Retrouvez Elise Barat, Aurélie Piau, Marie-Odile Biry-Fétique
et tous les artistes que vous avez particulièrement appréciés
lors des dernières expositions de la galerie

Venez nombreux!

Vernissage jeudi 25 novembre 2010 à 18h

exposition ouverte du 26 au 29 novembre 2010 au Wacken

http://www.st-art.fr


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23 octobre 2010

Sur les pas de saint Thomas d'Aquin


Péchés capitaux

Sur les pas de saint Thomas d'Aquin, une quinzaine de plasticiens sont allés taquiner, à l'invitation de No Smoking, le thème des Sept péchés capitaux. Avec une nette prédilection pour la luxure. Étonnant ?

STRASBOURG

Orgueil, avarice, envie, colère, luxure, gourmandise et paresse morale : il fallut attendre Thomas d'Aquin et sa Somme théologique pour que soient définis, par la doctrine chrétienne, les sept péchés "capitaux" - ceux desquels découlent tous les autres, puisque placés "en tête" ( capita ). Pouvoir de fascination du mal : des représentations médiévales à David Lachapelle, en passant par Bruegel l'Ancien, Jacques Callot ou encore le célèbre tableau de Jérôme Bosch au Prado, le sujet ne laissa pas indifférent les artistes.
Responsable de la galerie associative No Smoking, Bertrand Rhinn ne dédaigne pas de solliciter à l'occasion des plasticiens afin qu'ils se confrontent à des thèmes de l'art ancien - on se souvient des expositions sur La Jeune Fille et la Mort ou les crucifixions en relecture contemporaine de Grünewald. Nouvelle proposition, avec ces Sept péchés capitaux soumis à une quinzaine d'artistes de la région et d'ailleurs.
Premier constat : une nette prédilection pour la luxure. De là à en déduire un profil psychologique dominant dans l'honorable profession des plasticiens, le propos serait évidemment exagéré.
Les déclinaisons n'en sont pas moins nombreuses : Olivier Lelong a conçu un montage photographique de performances passablement hard, Gerald Wagner détourne le prie-Dieu pour une pénitence soumise au démon de la chair, Mathieu Boisadan mobilise sur une grande toile une métaphore de la montagne un rien sibylline, Marie-Amélie Germain aborde le corps féminin dans une inspiration toute baudelairienne - sa peinture se rappelle des vers de La Charogne (« Les jambes en l'air, comme une femme lubrique / Brûlante et suant les poisons... ») - tandis que Gopal Dagnogo croise luxure et gourmandise dans une suggestive partie à trois.
Que la notion de péché s'inscrive avant tout dans un formatage culturel, Hervé Bonhert en semble convaincu : ses sept crânes réalisés en napperons et disposés à la façon d'une pièce montée, suggèrent une lente et collective mise au diapason. Iglika Christova n'en est pas loin dans un tableau qui fait se chevaucher images et temporalités ( celles d'avant et d'après le péché ), quand Benoît Decque recourt à un cahier d'écolier et à une technique d'écriture automatique pour se livrer à un exercice / performance de déculpabilisation.
Certains travaux sont plus allusifs. Comment interpréter les hosties délicatement brodées de fragments humains par Laure André ? A laquelle on doit aussi ces inquiétantes boîtes d'entomologistes dont le couvercle en verre est gravé de silhouettes d'enfants morts-nés - proposition qui cumule finesse d'exécution et force dérangeante.
D'autres s'amusent. Pour l'avarice, Alain Galaup ose une peinture "radine" - un fond gris d'où le mot se détache dans une économie graphique. Pour Aurélie Piau, la gourmandise s'installe dans une iconographie détournée, volontairement désuète et faussement naïve. En revanche, l'œil glisse sur la peinture lisse de Tailing qui sacrifie à un manga-pop par trop dans l'air du temps.
L'œuvre qui se distingue du lot, on la doit peut-être à un jeune peintre de Strasbourg, formé aux Beaux-Arts de Lyon, dont c'est la première exposition. La gourmandise lui donne l'occasion d'un magistral et double-autoportrait à l'huile. Dans une nuit caravagesque éclairée au Butagaz, affublé de lunettes grotesques, d'ailes ridicules, vêtu d'un tee-shirt et d'un slip fatigués, chaussé de croquenots, il livre une version contemporaine de Belzébuth, le démon tutélaire de la gourmandise, souvent associé à la mouche ( le Seigneur des mouches dans l'ancien pays de Canaan ). D'une jambe conquérante, il domine un double pitoyable, clochardisé, nourri de pizza, bières et confiseries. Remarquable, par le fond et la forme.
Une représentation dépourvue de tout orgueil. Orgueil par ailleurs très absent dans l'exposition. Quoique... « Les plasticiens n'en sont-ils largement pourvus ? Il faut un certain ego pour revendiquer et ensuite soumettre son travail au public », interroge, narquois, Bertrand Rhinn.

La gourmandise et son démon, Belzébuth, " Seigneur des mouches ", peinture d'Emmanuel Linderer.Serge Hartmann

Jusqu'au 4 décembre, à la galerie No Smoking, 19 rue Thiergarten. Du mercredi au samedi, de 14 h à 19 h. 03 88 32 60 83.


8 octobre 2010

Concert de Guitare Classique



Concert de Guitare Classique
a la Galerie No Smoking
par le Duo BUROT TOKUNAGA
Le Samedi 16 octobre a 20H30
On vous invite à découvrir des œuvres de Sor,Rodrigue,
Mertz , Villa Lobos, et d'autres.
Venez nombreux!
Tarifs: normal €10, réduit €7.50

25 septembre 2010

La presse de l'exposition de Marie Odile Biry Fétique

Marie-Odile Biry-Fétique un paysage et des visions

Ses paysages à la poésie réinventée sont autant d'espaces destinés à bousculer la peinture dans d'ultimes retranchements. No Smoking convoque le travail brutal, violent, à l'éclat ténébreux, de Marie-Odile Biry-Fétique.


STRASBOURG

Plus qu'une simple série, le paysage est ce qui me pousse à peindre. La rencontre avec le motif provoque en moi une espèce de fusion dans laquelle interviennent différentes données : le lieu dans sa réalité physique bien sûr, mais aussi un moment, une atmosphère, des sensations, des couleurs... » , dit-elle.
Ce besoin impérieux du paysage qu'éprouve Marie-Odile Biry-Fétique, le visiteur le ressentira sans nul doute. D'abord dans ses grandes toiles dépourvues de tout châssis et pendues au mur, à la touche très jetée, aux coulures qui s'en vont saigner sur de larges marges immaculées, mais aussi dans ses petits formats rectangulaires, concentrés explosifs d'énergie et de matière. Quant à ses œuvres sur papier, au graphisme sauvage, elles sont traversées d'une urgence identique - et passablement énervée.
Chacun verra dans ces images de possibles paysages familiers, un sentiment de déjà-vu, en Méditerranée, en Bretagne ou ailleurs. En vérité, peu importe. Si Marie-Odile s'est beaucoup inspirée de la Corse, elle revendique d'abord la notion de « paysage réinventé », parle même d'utopie. Peut-être tout simplement celle de penser qu'il est possible de s'approprier un fragment de nature par la seule peinture.
Professeur en arts visuels à l'Université de Strasbourg, l'artiste se situe davantage sur le terrain de la réinterprétation, de la mise en résonance plastique d'une réalité existante répondant à une vision propre. « J'ai besoin du motif, mais je ne travaille pas directement dessus. Je m'aide aussi de la photographie, des images que j'ai prises comme de celles que je trouve » , indique-t-elle encore.
Et ainsi certaines incrustations venues d'ailleurs trouvent-elles place dans quelques-unes de ses peintures, partie cohérente d'un tout qui participe désormais d'une vision pleinement autonome, sinon poétiquement libérée. Stade suprême de cette logique : de petits bijoux que sont les cartes postales sur lesquelles elle intervient, recomposant de nouveaux paysages qui perturbent le visiteur : jusqu'où le geste artistique oblitère-t-il l'image initiale ? « Sur certaines, le résultat final n'a plus rien à voir avec la photographie originale. Une mer peut très bien être recouverte par un champ. » Sachant, cependant, que sans cette mer, ce champ-là n'aurait probablement jamais vu le jour.
Avec ses pigments qu'elle mêle à de l'encaustique - « Ma petite cuisine... » -, Marie-Odile chemine ainsi dans des paysages traversés d'une tension magnifique - ses ciels, qui parfois constituent un sujet en soi, sont d'une beauté terrible. Quelques pièces deviennent d'évidents prétextes à pousser la peinture à un périlleux point de rupture. De la forme, où l'artiste frôle parfois le pur chaos dans lequel se perd le regard. De la couleur aussi, certains accords de tons pouvant faire passer les Fauves pour de sages adeptes de la plus complète retenue.
Cette prise de risque, où s'affrontent vigueur et mélancolie, l'artiste la domine désormais avec un réel talent. Excellente ouverture de saison pour No Smoking.

Serge Hartmann

Jusqu'au 2 octobre, chez No Smoking, 19 rue Thiergarten. Du mercredi au samedi, de 14 h à 19 h. L'artiste est présente le samedi. 03 88 32 60 83.

19 août 2010

Les 7 péchés capitaux


LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX
du 15 octobre au 04 décembre 2010

En octobre tu expieras tes péchés!

16 artistes de chez nous mais aussi de
Bruxelles, Paris, Metz, Stuttgart, Sofia ou Montpellier
viennent faire un tour à la galerie et présenterons
leurs visions des 7 péchés capitaux remis au goût
du jour.

à la Galerie No Smoking

Avec
Laure André
Hervé Bohnert
Mathieu Boisadan
Iglika Christova
Gopal Dagnogo
Benoit Decque
Alain Galaup
Edwige Fouvry
Marie Amélie Germain
Alecs Heiduschka
Emmanuel Linderer
Olivier lelong
Aurélie Piau
Taling
Christian Voltz
Gérald Wagner

Exposition ouverte
du mercredi au samedi de 15 à 19h
et sur rendez vous tous les matins
Vernissage Vendredi
le 15 octobre 2010
à 18 h en présence des artistes.



et un mini concert
du spectacle
"de l'amour,de l'eau fraîche et le reste"
(en piste à la galerie a partir du 21 octobre)

et du concert du duo de guitares
"Tokunaga-Burot "
le 16 octobre à 20h



Retrouvez le programme completsur: www.galerie-nosmoking.com/pages/projets.html




Les sept péchés capitaux sont une exposition qui allie Histoire de l'art et la transgression de l'interdit.

Des grands maitres du passé à la vision d'artistes de nos jours...le sujet vous inspire?

N'hésitez pas a venir à la galerie à partir du 15 octobre 2010




Si on vous demandait : Quel serait le péché capital de notre époque? Quelle serait votre réponse? Vous vous souviendrez peut-être que le philosophe André Comte-Sponville, un de nos préférés, avait répondu à la question lorsqu’il avait déterminé que égoïsme, cruauté, lâcheté, mauvaise foi, suffisance, fanatisme et veulerie constituaient les sept nouveaux péchés capitaux.

Vous rappelez-vous quels étaient les péchés capitaux dans la tradition catholique? Il y avait l’orgueil, l’avarice, la luxure (c’est sans doute celui que vous avez nommé en premier… moi aussi d’ailleurs), l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse. Lorsque André Comte-Sponville a établi la liste des nouveaux péchés capitaux, il l’a fait paraître dans la publication française Psychologies. On a alors demandé aux lecteurs du magazine quel était, selon eux, le péché capital de notre époque et certains d’entre eux ont répondu :

  • l’indifférence
  • la vénalité
  • la surconsommation
  • l’hypocrisie
  • la malhonnêteté
  • la trahison
  • la soif de pouvoir
  • le paraître
  • la perversité
  • la bassesse
  • l’amour
  • la médisance





12 août 2010

En septembre avec Marie Odile Biry Fétique

Marie-Odile Biry-Fétique
Déjà présentée il y a quelques années , j'ai le plaisir de vous inviter au vernissage des dernières œuvres de Marie Odile Biry

Vendredi le 17 septembre à 18 h en présence de l'artiste. Paysages visités L'exposition sera ouverte
du 17 septembre au 2 octobre 2010
du mercredi au samedi de 14 à 19h
et sur rendez vous tous les matins

Marie Odile Biry Fétique est également
maître de conférences à L'UFR
d'Arts Visuels de l'université de Strasbourg



Depuis toujours je fais des images, toutes sortes d’images. La peinture, le dessin, la photographie constituent pour moi une sorte de « réserve naturelle » où se déploie ma fantaisie.
Jardins désertés, champs de tournesols ensauvagés, montagnes, rivières sont mes lieux d ‘élection: des zones de « nature libre » comme Freud nommait naguère le domaine de l’imagination …Je ne peins pas sur le motif mais d’après… je ne le découvre pas, j’éprouve sa présence comme une sorte d’instantané du souvenir : tel un chasseur de papillons, je pars souvent dans mes pérégrinations armée d’un polaroïd qui me permettra de le fixer à son lieu d’origine : toujours déjà image. Mais parfois, c’est la peinture qui m’attend: les broussailles anticipent le fusain et ses lacis de bois brûlé, des taches de mûres au sol provoquent une envie de dripping garance.
Elle m’arrête aussi parce que retrouvée de l’autre: « Tiens on dirait un Corot ! »Mais dresser une carte des influences et des affinités serait chose ardue. Le retour à l’atelier sera le temps de l’incorporation spéculaire du monde.« Puisque la joie m’est venue par la contemplation, le retour de la joie peut bien m’être donné par la peinture » (Françis Ponge).Une négociation s’engagera entre tous ces ressentis, ces bribes d’images erratiques et leur représentation. Parfois le passage se fera en douceur, avec tendresse
( le terme italien de morbidesse conviendrait mieux ), d’autres fois, il s’agira d’une véritable disputatio. La question de la limite, du bord, incarne bien ces dilemmes, certains motifs fluctuant dans le blanc de la page, d’autres s’accommodant de l’autorité du châssis.
Les images y constituent un monde distinct de la réalité, détaché, et parfois si étranger qu’ils en déroutent mes desseins liminaires pour mener leur propre trace.
L’étrangeté d’images dont je suis pourtant l’auteur(e) tient sans doute à mon refus de cheminer avec méthode. Je préfère vaticiner entre le papier et la toile, les petits
et les grands formats, les uns se glissant dans les autres, se heurtant par collages ou sollicitant une citation. Tous les chemins mènent ici au pittoresque – quelqu’en soit le genre ou la facture. Cet été fut celui de vagabondages sur cartes postales…Le plaisir pris à faire de la peinture vient de la possibilité qu’elle m’offre de disposer autant d’une harmonie non-figurative de formes et de couleurs que des représentations d’êtres ou de choses.
Enfin un facteur essentiel pour moi est l’art de cuisiner avec diverses substances et alchimies. Je goûte le jus et la croûte, je fabrique le plus souvent mes couleurs avec de
l’encaustique et des poudres de pigments (manière de retourner à la nature ?)


Un texte de Jean-Yves Bainier

La représentation du paysage comme genre véritablement autonome remonte dans l'art occidental au siècle d'or de la peinture des Pays Bas c'est à dire à une période relativement récente de l'histoire de l'art: le XVIIème siècle.
Si l'école hollandaise, au combien prolifique a inventé le genre paysage, les peintres n'ont cessé depuis de s'attacher à l'interprétation des images de nature au moyen de codes, de formes, d'interprétations infiniment diversifiées. C'est peut-être le surprenant paradoxe constaté entre l'impermanence du moment capté par l'artiste (la dimension fugitive du paysage) et un sentiment d'universelle éternité qu'évoque toute peinture représentant un paysage qui explique cet attachement au genre.

Pour Marie-Odile Biry-Fétique, le désir de peindre procède directement de la relation sensible, émotionnelle, qui s'établit avec certains paysages. Une montagne admirée en Corse, une modeste maison bordée de cyprès au milieu des verdoyantes collines toscanes, une fleur, tournesol émergeant parmi les broussailles entrelacées, et les hautes herbes où virevolte les papillons constituent autant de motifs déclencheurs, d'appels de la peinture. Marie Odile parle elle même et fort bien de cette « réserve naturelle » qu'offrent au gré de ses cheminements « jardins désertés, champs de tournesols ensauvagés, montagnes, rivières ». La photographie en gardant la mémoire du lieu choisi se retrouve parfois incluse dans la peinture comme référence, collage-témoignage d'un ressenti, d'une émotion initiale. Une simple carte postale peut aussi devenir le champ d'une intervention picturale où la modeste image originelle sera développée, transformée, magnifiée. La disparité des supports des formats, des techniques ne conteste à aucun moment un travail pictural qui confère à la photographie retravaillée le même statut que la toile libre.

Cette diversité: toile libre de grand format, toile sur châssis de très petite taille, papiers de tous grains et de toutes dimensions trouve en effet son unité dans la peinture qui s'y développe, riche, profuse, coloriste, où la touche s'étale en une subtile oscillation entre représentation réaliste et expression plus abstraite. Une douce confrontation s’établit ainsi entre une approche descriptive de la nature et une interprétation imaginative du réel. Ce processus créatif, au fur et à mesure de son développement va conduire l'artiste à la révélation d’une image inattendue dont l'aboutissement est source d'étonnement pour elle même. La couleur, la matière, la lumière solaire, l'ampleur du geste dans les grandes toiles, la touche plus mesurée, délicate, mais toujours expressive dans les supports plus réduits traduisent un plaisir de peinture fondé sur une découverte, un échange intime entre l'artiste et le motif. C'est ainsi que la série des « délassements du peintre » (référence au titre générique d'une célèbre série de Jean le Gac) installe le chevalet dans le paysage et se reçoit comme une délicate célébration de la peinture sur le motif (et donc des grands noms de l'histoire de l'art qui l'ont pratiqué).

Le désir de peindre, voire l'impérative nécessité de peindre conduisent Marie-Odile Biry-Fétique à l'accomplissement d'un travail d'une grande pertinence alliant la variété des formats et des supports déjà soulignée, à l'utilisation de larges brosses, de chiffons de crayons gras et à la mise en œuvre d'une matière picturale élaborée selon des recettes qu'affectionnaient les peintres anciens. Cette volonté expérimentale toujours renouvelée est mise au service d'un engagement « en peinture » d'une grande sensibilité. La relation entre les images d’un lieu parfois grandiose, parfois intime et discret dessine au fil des œuvres un itinéraire très personnel dont les étapes et les états s'enrichissent réciproquement d'une constante diversité. Aucune place n'est concédée au pittoresque ou à l'effet décoratif. Marie-Odile n'est pas un(e) peintre « paysagiste », elle traduit ses rencontres avec la nature au moyen d'une écriture picturale qui bien au delà d'une représentation descriptive restitue et décrypte inlassablement le processus même de la création qui conduit l’artiste et le spectateur à une découverte, celle de l’enchantement du monde.

Jean-Yves Bainier est Coordinateur
du pôle Création de la
DRAC Alsace.